• Histoire d’une vente à perte sur Amazon

    C’est à partir d’une expérience récente de vente sur Amazon que je me suis rendu compte qu’un certain nombre de particuliers vendent à perte sur Internet.

    Il y a quelques mois, j’avais mis en vente sur Amazon le livre L’aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza. L’ayant récupéré d’un lot de livres dont je ne savais que faire, il ne m’importait pas beaucoup de tirer un gros profit de cette vente. Cependant, ayant encore toute ma raison, je ne voulais pas vendre à perte, ou perdre mon temps pour gagner 20 centimes.

    Je l’avais donc mis en vente à 1€, ce qui faisait un prix d’achat de 3,99€ pour l’acheteur puisque les frais de livraison imposée par Amazon sont de 2,99€. Le livre n’est pas gros, il doit peser environ 200 grammes, je me suis donc dit grosso-modo que je m’en sortirais honnêtement avec 1€ de profit dans ma poche…quelle désillusion!

    Les frais Amazon se sont élevés à 1,61€ (40% du prix payé par l’acheteur!!), il me restait donc 2,38€ dans la poche. Une fois le livre soigneusement emballé avec du papier bulle et glissé dans une enveloppe, je m’en suis allé tout guilleret à la poste qui m’a demandé 3€ pour l’envoi le plus basique disponible…pas besoin d’être un génie des mathématiques pour comprendre que je venais de perdre plus de 60 centimes dans l’opération, sans parler de mon temps qui a aussi un prix (et je ne compte même pas le prix de l’enveloppe)!

    Mais le plus intéressant dans cette histoire, c’est qu’en vendant le livre à 1€, je ne m’étais même pas aligné sur les premiers prix…qui sont de: 10 centimes (!), 15 centimes et 22 centimes…si j’ai vendu à perte avec un prix de vente à 1€, je vous laisse deviner le triste sort qui attend ces vendeurs encore en souffrance.

    amazon_vente_perte_reza

    De cette histoire, trois réflexions naissent:

    - Les marges dégagées par la vente en ligne des particuliers: dans l’exemple ci-dessus, les trois premiers vendront à perte de façon certaine. Comment peut-on expliquer que des particuliers vendent à perte? Cela peut être dû à de l’ignorance des coûts totaux réels (frais, envoi, enveloppe, temps, etc.), mais aussi à l’engouement rapide et peu réfléchie pour la vente en ligne. Le particulier recherche peut-être davantage une « expérience » en vendant en ligne qu’un véritable commerce rentable. Il ne prend pas le temps de réfléchir et de poser un ensemble de calculs sur une feuille Excel comme pourrait le faire n’importe quel professionnel.

    - Conséquemment on peut réfléchir sur la politique de Priceminister d’imposer un prix de vente minimum de 0,90 centimes. Ainsi, pour des objets de faible valeur, un revenu minimum est assuré pour tous les vendeurs.

    - Plus globalement, on peut s’interroger sur la viabilité d’une économie qui est concurrencée, non seulement par un secteur très compétitif (ce qui est plutôt sain), mais surtout par un secteur qui vend à perte! Rappelons que la vente à perte (c’est-à-dire vendre un produit en-dessous de son coût de revient) est condamnée par Bruxelles car déloyale et néfaste pour l’économie à long terme. C’est ce qu’on appelle plus communément du « dumping ». Il y a là une réflexion sérieuse à mener: les commerçants se sont déjà plaints d’une « économie parallèle » qui leur était préjudiciable notamment parce qu’elle échappait à la fiscalité normale de toute activité commerçante ( »concurrence fiscale », « dumping fiscal », etc.), mais ils vont encore moins accepter que de nombreux particuliers vendent à perte dans leur secteur [1]. Le problème est évidemment que l’on ne va pas légiférer – créer des règles, statuts, etc. – pour des particuliers qui ne vendent que 5 livres par an… mais 5 livres par an multipliés par quelques millions de particuliers qui vendent, ça fait tout de même une sacré concurrence!

    Une chose est sûre, ça profite au consommateur: achetez sur internet, ça vend à perte!

    – iDou pour MyCost.fr


    [1] Le problème étant que (i) le Code de Commerce ne concerne que les commerçants et non les particuliers et (ii) il n’y a pas de « vente à perte » définie pour les produits d’occasion car il n’existe pas de prix de référence.
    NB: Vous trouverez sur ce lien un PDF avec quelques détails sur la revente à perte

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    2009.11.26 / 10 responses / Category: Amazon, Vente en ligne

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